Paris, Desclée de Brouwer, 2008. – 254 p., 23 €.
Jean-François Noël est à la fois prêtre et psychanalyste, il nous invite à la découverte d’un continent peu exploré : l’inconscient spirituel. Qu’est-ce qui se passe dans le psychisme quand celui-ci « dit Dieu, pense Dieu, et parle de Dieu » (p. 7) ? Il ne propose pas une lecture psychanalytique de la Bible (contrairement à Françoise Dolto) pour laquelle il est assez critique, mais veut montrer l’enjeu de l’existence de cet inconscient spirituel, à côté d’un inconscient charnel et d’un inconscient psychique.
En ce sens, ce livre promeut une réhabilitation de l’inconscient, souvent caractérisé uniquement par la pulsion. Au contraire, l’inconscient est ce qui garde la trace en soi de tous les événements, de toutes les rencontres. Il permet à l’homme de vivre sans être sans cesse submergé par le poids de sa subjectivité. L’inconscient est un réservoir d’énergie qui doit rencontrer des représentations culturelles positives pour faire jaillir ce qu’il y a de meilleur en l’homme : « L’enjeu vital de la culture est de ménager la contribution de l’autre à l’avènement du moi » (p. 65). L’inconscient, c’est aussi l’attente de l’autre, une attente cachée qui est à un premier niveau la croyance (qui relève du besoin), mais qui peut devenir la foi (qui relève du désir et du registre de l’être) quand il rencontre une parole qui vient le révéler et le délier : « La foi est le fruit d’un désir qui m’habitait et que je n’ai pu identifier avant que quelqu’un ne l’éveille » (p. 53). Jésus se présente souvent comme celui qui révèle à l’homme ce qu’il porte en lui sans le savoir : « Ta foi t’a sauvé » ; « L’homme n’accède à sa propre humanité que par l’autre » (p. 41).
De même qu’il y a des maladies psychiques et somatiques, il y a des maladies spirituelles, qui désaccordent l’homme de ce pourquoi il vit. Pour l’auteur, c’est dans l’inconscient que l’homme garde la trace d’avoir été fait à l’image de Dieu et c’est là qu’il est orienté naturellement vers Dieu, mais libre d’être ou non fidèle à cette donnée première. « La proposition évangélique vient ainsi frapper en plein cœur l’attente la plus souveraine qui, pour l’homme qui n’a pas renié son humanité, est ce qu’il a de plus cher et de plus secret. Et l’on pourrait résumer cette simple proposition ainsi : “Tu es précédé par un amour éternel et singulier que tu as oublié” » (p. 89).
Le véritable moteur de la vie spirituelle ne serait pas alors la volonté, mais le consentement, autour d’un centre de gravité plus intime. L’habitation intérieure par l’autre demande mon « agrément ». Le consentement se fonde en un lieu qui est le cœur ou le spirituel, et non la décision psychologique. Les Pères de l’Église ont développé cette idée d’une présence de Dieu cachée et ignorée de notre conscience : « L’homme pressent intimement Dieu. Mais il ne sait pas trop quoi en faire. En raison de ce message encombrant, voire angoissant, il faut parfois le choix de refermer cette boîte et d’y donner un tour de clef définitif afin de ne plus éprouver cette angoisse » (p. 122).
L’auteur va également chercher à articuler sexualité et spirituel, puisque pour Freud, l’inconscient est constitué de représentations sexuelles. Le sexuel pousse à l’autre, sans quoi il est probable que le sujet s’en dispenserait. L’autre est la promesse d’un plaisir plus grand que celui que je pourrai trouver seul, c’est la raison propre de la sexualité. Le service de l’autre dans le don de soi est un plaisir qui montre que le célibataire n’est pas privé de sexualité. En son fond, la sexualité entretient « la nostalgie d’un amour éternel, total et définitif » (p. 153) qui n’est apaisé par aucune génitalité. Le désir inconscient vise d’emblée un au-delà. La vraie réponse au sexuel est l’accueil plénier de l’autre.
Le noyau de l’inconscient spirituel est constitué de théories religieuses infantiles, dont l’auteur donne des exemples, de même que l’enfant élabore des théories sexuelles infantiles. « L’activation vient lorsque ce contenu se confronte au contenu d’une religion objective » (p. 188). La première amorce de la foi s’appuie sur une hypothèse accueillie mais non vérifiée. « La foi s’appuie sur un assentiment antérieur, inaugural, presque inconscient » (p. 193). La foi est une rencontre entre ce premier assentiment et cet autre qui me rejoint pour m’éveiller à ce que je porte en moi. La foi relève en son commencement d’une ouverture à l’inconscient qui est l’appel de l’autre en moi.
sources Esprit & Vie n°216 – octobre 2009, P. Dominique Barnérias